Seize regards des Grands Lacs sur la justice internationale…

Que peut apporter la justice internationale pour contribuer à la stabilisation, la reconstruction et la réconciliation dans les pays des Grands Lacs ? Dans une région où les violations massives des droits de l’homme, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, allant jusqu’au crime de génocide, ont plongé les populations dans la terreur et la désolation, comment ce mécanisme peut-il participer à mettre fin à l’impunité et à prévenir de nouveaux abus ? Enfin, comment les journalistes de la région peuvent-ils couvrir les efforts déployés par les juridictions internationales et en informer les populations afin qu’elle puissent mesurer les efforts effectués et les réalisations engrangées ?

Telles sont les questions centrales qui se trouvent au centre d’un atelier qui réunit, durant dix jours, des journalistes du Burundi, de la République démocratique du Congo et du Rwanda. Issus de la presse écrite et de la radio, des médias privés comme des médias publics, ces 16 journalistes partent ensemble à la découverte du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), à l’initiative de l’Institut Panos Paris, dans le cadre de son programme sous-régional de reportages conjoints.

Les deux premiers jours passés à Kigali sont consacrées à des visites de terrain, permettant aux participants de prendre la mesure des événements qui ont marqué le pays en 1994 : visite du mémorial de Gisozi, rencontre avec le Procureur de la République du Rwanda, entretien avec le Président de l’association des rescapés du génocide Ibuka, visite de la prison de Remera et des TIG mis en place dans le cadre du processus de la justice transitionnelle. Les journalistes se rendront ensuite à Arusha afin de couvrir les audiences en cours du TPIR et de mesurer le travail accompli par cette juridiction internationale pionnière.

L’atelier, axé sur la production quotidienne d’articles de presse écrite et de billets radiophoniques, permettra aux participants de renforcer leurs capacités en matière de journalisme judiciaire, de développer leurs connaissances des juridictions internationales et de partager leurs points de vue sur la situation dans la région. Développant également des Blogs personnels, alimentés par les productions quotidiennes, les 16 journalistes vont également acquérir les compétences techniques nécessaires à une diffusion large et originale de leurs travaux. Ainsi, ils jetteront ensemble les bases d’une plate-forme d’échange leur permettant de confronter régulièrement leurs points de vue. Cette opportunité de mutualisation de leurs productions pourrait s’avérer particulièrement enrichissante sur les questions liées aux violations des droits de l’homme et à leur traitement judiciaire.

Les professionnels des médias des Grands Lacs disposeront ainsi d’éléments théoriques et pratiques, mais aussi d’un embryon de réseau qui ne peut que les renforcer dans leur souhait de mieux suivre ce type de dossier, et de mieux jouer leur rôle de contrôle citoyen du fonctionnement de l’institution judiciaire.