|
Rencontre européenne Migration & Développement
Projet IDEM ! (Informer sur le développement et les migrations)
20 et 21 novembre 2008,
Conseil de l'Europe, Strasbourg
Séance d'ouverture
L'Institut Panos Paris organisait une rencontre fin novembre au Conseil de l'Europe avec les partenaires du projet européen IDEM !, en vue de discuter des regards portés sur la question migratoire au-delà des seuls aspects sécuritaires et économiques. Les discours politiques se renouvellent, laissant entrevoir des perceptions variées au sein de l'opinion publique européenne quant aux impacts des migrations internationales sur le développement des pays. Reste qu'une action concertée en direction des professionnels des médias se fait plus que jamais sentir, afin d'encourager le changement des regards portés sur les liens entre migration et développement.
 |
Une idée pour avancer
Un bon exemple d'ouverture des médias aux compétences issues de l'immigration a été exposé par David Eloy, rédacteur en chef d'Altermondes. Cette revue trimestrielle française ouvre ses colonnes à des contributeurs du Sud pour qu'ils livrent leur regard sur l'actualité, présentent leurs actions de terrain et offrent un point de vue original. Le projet s'est monté en 2005, suite aux violences urbaines en Seine-Saint-Denis qui ont défrayé la chronique et montré aussi à quel point les journalistes « n'avaient aucun regard distancié sur ce qui se passait, n'allaient pas à la rencontre des habitants ». Avec l'appui de collectivités et d'associations, Altermondes a proposé à une douzaine de jeunes d'écrire en tant que reporters sur leurs lieux de vie. Six médias (La Vie, L'Humanité et Libération, Afrik.Com, Respect Magazine, Saphirnews.com) ont joué le jeu en mandatant des journalistes pour les accompagner pendant trois mois dans cette aventure.
Un succès ! |
 |
 |
L'intégration des migrants apparaît comme un préalable aux actions de co-développement, a fait valoir en ouverture Maria Ochoa-Llido, chef du service des Migrations et des Roms au Conseil de l'Europe. Mais pour qu'il y ait une bonne intégration il faut aussi impérativement un accueil réussi des migrants, ce qui demande de prendre en compte toutes les réalités de la migration. Dès lors, les médias jouent un rôle capital: pour informer correctement les migrants eux-mêmes sur les spécificités de leur pays d'accueil, mais aussi pour sensibiliser les populations locales aux enjeux des phénomènes migratoires. Perçues sous l'angle de la diversité, les migrations deviennent alors aux yeux des autochtones un facteur décisif d'enrichissement social sur le long terme.
Pour Michel Villan, membre du Comité Européen des Migrations au Conseil de l'Europe, tout le potentiel socio-économique des migrations dans les pays d'accueil n'est pas mis à profit, notamment en raison d'un manque de volonté politique. Ainsi, « les pays d'origine et de destination sont loin de tirer le meilleur parti des effets positifs des migrations car les politiques migratoires procèdent encore, dans la plupart des cas, d'une démarche morcelée et réactive. Il est urgent de sortir ces politiques des logiques électorales et de les inscrire dans une vision globale et cohérente basée sur le respect des droits de l'Homme et l'identification des intérêts à long terme ».
L'enjeu est d'importance tant « les migrants disposent de connaissances acquises, de compétences pratiques, et d'une expérience professionnelle, d'un réseau social, qui se traduisent par le gain d'un certain capital humain ». Pour que l'apport des migrations puisse pleinement « jouer un rôle dans la transformation de la vie sociale et politique » des pays d'origine, encore faut-il « une meilleure information des opinions publiques ». Pas étonnant donc que les médias aient « un rôle déterminant dans la réussite des politiques d'intégration, mais également sur la réussite des projets de co-développement et du développement des solidarités Nord-Sud ou Est-Ouest ».
* Développé depuis 2006, IDEM !, projet européen porté par l'Institut Panos Paris, réunit le Cospe (Italie), le CIDAC (Portugal), Initiatives 21 (Belgique), Connections for development (Royaume-Uni), le Forim (France) et CeiPaz (Espagne). |