Programme IDEM !

Rencontre européenne Migration & Développement
Cooperazione per lo sviuppo dei paesi emergenti Bologna Centro do Informaçao e Documentaçao Amilcar Cabral Connections for Development

Rencontre européenne Migration & Développement
Projet IDEM ! (Informer sur le développement et les migrations)

20 et 21 novembre 2008,
Conseil de l'Europe, Strasbourg

Changer les regards sur les migrations

Les rapports entre migration et développement font l'objet de nombreuses analyses depuis plusieurs années en Europe. Chaque partenaire a pourtant pu constater des manques qui sous-tendent des visions souvent peu valorisantes des migrants...


Une idée pour avancer

Le lobbying est devenu l'instrument par excellence pour changer les choses. Preuve en est, le club Averroès a largement contribué à l'arrivée, sur TF1, du premier présentateur noir de JT en France, Harry Roselmack. Une force est à constituer en mobilisant les journalistes issus de l'immigration et des minorités. En s'associant à des journalistes européens « conscientisés », la déconstruction des images négatives pourrait enfin s'amorcer pour s'inscrire une vaste action de sensibilisation aux enjeux de la diversité mise au service de la citoyenneté.
Stéphane de Tapia
La question du lien entre migration et développement, loin d'être nouvelle, laisse apparaître un traitement à la fois récurent et partiel dans les productions scientifiques, a souligné Stéphane de Tapia, directeur de recherche au CNRS. Les interrogations aujourd'hui portées semblent toujours frappées d'une véritable « amnésie collective » tant elles laissent de côté les acquis des recherches jusqu'à présent effectuées. Ainsi, chacun réinvente la roue en oubliant les expériences déjà mises en place, les conclusions sur les retombées positives des migrations ou encore les difficultés identifiées pour maximiser les effets vertueux des actions de migrants. Pour Stéphane de Tapia, cette situation est « désespérante » car la notion de co-développement requiert d'inscrire les réflexions dans la continuité, « sur le long ou moyen terme » pour éviter les approches « contre-productives ».


Sharif Shahid Latif
Un manque important identifié par les partenaires tient à l'absence de travaux de recherche sur le traitement médiatique des migrations et du développement. Au Royaume-Uni par exemple, ces questions ne sont que marginalement traitées par les médias, a souligné Sharif Shahid Latif, directeur du Connection for development (CFD). Le décalage avec la position des experts est flagrant: alors qu'ils « véhiculent une image positive et pointent les actions réussies des migrants au Royaume-Uni et dans leurs pays d'origine sur le plan micro et macro économique », les médias continuent globalement à livrer « un traitement négatif sur les migrants au sein de la société », perçus comme des « charges » pour la société voire comme fauteurs de « troubles à l’ordre public ».

Le pouvoir des médias sur la perception qu'a la population des migrants est à ce point fort que toute information tronquée se révèle hautement préjudiciable. Pour contrecarrer cela, les organisations de migrants ne disposent que de peu de moyens d'action et peinent à « s’unir pour apporter des contrepoids aux informations des médias à grands tirages ».


Une idée pour avancer

Le paysage médiatique européen montre aussi des signes encourageants d'évolution sur les questions de migration. Mais pour mieux cibler les pays où le plus gros du travail reste à faire, pourquoi ne pas établir un système international de « carte rouge » afin d'identifier les zones où de mauvaises politiques de communication sont en place, et ainsi concentrer les efforts ? Cela supposerait de reconnaître des objectifs communs et de rédiger un « code de conduite au niveau européen » au service de l'information.
Joana Barros
Manque de coordination de la société civile
Le constat n'est guère mieux au Portugal, où l'intérêt manifesté par les médias concerne avant tout l’immigration assimilée à la violence, a témoigné Joana Barros, chargée de mission au CIDAC. Elle parle d'« absence de connaissance et de données de la part des journalistes sur ces thématiques, ainsi que la quasi impossibilité de trouver actuellement des journalistes travaillant sur la question de migrations et développement ». Si quelques radios locales évoquent les initiatives des migrants, il n'existe pas encore de médias conçus et animés par les migrants eux-mêmes.

Les associations éprouvent d'ailleurs des difficultés à travailler ensemble et les acteurs portugais manquent finalement d’informations précises sur les diasporas, leurs caractéristiques, leurs motivations et leurs attentes. La méconnaissance des enjeux migratoires invite donc à repenser « une collaboration plus étroite entre les journalistes et les chercheurs ». Du côté des organismes de recherche, le discours scientifique manque de structuration et de position commune pour construire un corps de théorie et de connaissance consensuel.

Jonathan Ferramola
Faire évoluer les mentalités
Le défaut de concertation entre organisations de migrants pour contrebalancer le discours dominant est également manifeste en Italie. Il y a bien une « urgence » à travailler pour une meilleure communication et pour que soient érigés « des ponts entre les communautés d’autochtones et celles des immigrés ». Dans un pays comme l'Italie, où l'immigration est un phénomène relativement nouveau, « il reste encore beaucoup d'efforts à faire », a noté Jonathan Ferramola, chargé de mission au COSPE. Les mentalités évoluent cependant, peut-être car les chiffres parlent d'eux-mêmes: sur les 55 millions d’habitants, 4 millions sont issus de l’immigration et génèrent 9% de l’économie nationale...

Au final, politiques et médias « semblent avoir compris l'enjeu que représentent les migrants dans le développement économique et social du pays ». Mais le chemin à parcourir semble long pour véritablement prendre en compte toutes les dimensions des migrations. Les médias s'intéressent toujours en priorité aux aspects d'intégration, de clandestinité et plus accessoirement aux vertus des transferts d’argent et de l’entrepreneuriat migrant. L'heure semble au changement de perception, grâce à une couverture importante des questions migratoires en général.

Ainsi, le paysage médiatique italien montre une véritable « omniprésence » de ce thème. Un pas reste pourtant à franchir: davantage parler des structures qui accompagnent les migrants dans leurs actions de co-développement. Un tel effort permettrait de changer le regard que porte encore la grande majorité des Italiens sur les immigrés, largement conditionné par le message véhiculé par les médias, qui n'invite pas au dialogue.

Témoigner de la richesse des migrations
En Espagne aussi les médias jouent un rôle considérable dans la construction et dans la diffusion de la thématique migration et développement. Tous les acteurs de la vie économique se sentent concernés, à l'instar des entreprises et notamment des banques, qui diffusent des publicités valorisant la contribution des migrants au développement.
Des initiatives sont encore à encourager, en particulier pour parvenir à davantage de coordination entre les acteurs et à un partage des connaissances, à une articulation et à une interconnexion entre les différentes structures. Plusieurs projets, notamment des documentaires, visent à apporter un regard mélioratif sur les migrations.

Selon les participants Français, parler des liens entre migration et développement dans l'hexagone reste encore l'affaire d'experts. L'immigration n'est véritablement évoquée dans les médias qu'avant tout lors « d'événements tels les émeutes en banlieues ou les élections ». Le grand public se voit alors proposer une grande quantité de reportages audiovisuels, d'articles de presse, de rapports, puis... plus rien. Et pourtant les initiatives de co-développement ne manquent pas !

Le paysage médiatique français, à l'instar de ses voisins européens, manque finalement de « sérénité » vis-à-vis des migrations: au lieu de systématiquement chercher un « rôle » aux migrants, mieux vaudrait « reconnaître que chacun des acteurs a ses spécificités et créer un cadre de concertation afin de renforcer la culture de partenariat ».

 

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Médias et migrations :
des images pour quels messages ?

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