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Aujourd’hui, les migrations internationales concernent un nombre croissant de personnes et de pays

Selon une étude du Bureau International du Travail (mars 2000), il y aurait 120 millions de migrants dans le monde contre 45 millions, 40 ans plus tôt. Toujours selon cette étude consacrée à " l’impact de la globalisation sur les migrations ", au cours des 30 dernières années, le nombre de pays classés comme pays d’immigration serait passé de 39 à 67, ceux perçus comme pays d’émigration de 29 à 55 et enfin, ceux qui sont à la fois pays d’émigration et d’immigration, auraient fait un bond de 4 à 15 (chiffres établis à partir de l’analyse de la structure migratoire de 152 pays).

Autre constat de cette étude : " les mouvements de biens et de capitaux entre pays riches et pauvres ne seront pas suffisamment importants pour compenser la pénurie d’emplois dans les pays pauvres. La déstabilisation des sociétés causée par les restructurations économiques poussera davantage de personnes hors de leur communauté d’origine et les incitera à chercher du travail à l’étranger ".

Complexité accrue des pratiques et systèmes migratoires, augmentation du nombre de migrants et de pays impliqués dans ces systèmes, déstabilisation des économies et déstructuration des sociétés caractériseraient l’évolution récente des migrations humaines sur la planète.

Une évolution des migrations internationales marquée par des continuités et des ruptures

Loin de décrire une nouvelle situation, ces caractéristiques témoignent, bien au contraire, de continuités dans l’évolution des migrations internationales. Les 4 dernières décennies sont effectivement marquées par un écart croissant dans la répartition des richesses mondiales entre pays du Nord (riches) et du Sud (pauvres), mais aussi au sein même de ces pays. Ce double accroissement des écarts a pour effet de faire se déplacer les populations des centres de pauvreté vers les centres de richesses, dans un premier temps, à l’intérieur d’un même pays, et dans un deuxième temps, à l’extérieur des pays pauvres. La croissance urbaine exponentielle dans les pays du Sud et l’accélération des migrations internationales témoignent de l’impact de ce double déséquilibre.

La période actuelle est aussi marquée par des évolutions dans les pratiques et systèmes migratoires, révélatrices de ruptures. Les trente glorieuses voient les pays du Nord (Europe et USA) avoir recours de manière accrue aux migrations de main-d’œuvre, les uns pour asseoir leur reconstruction suite au second conflit mondial, les autres pour répondre aux besoins de main-d’œuvre nés de l’expansion économique qui s’ensuivit. Il en va de même pour certains pays du Sud, comme par exemple la Côte-d’Ivoire, qui, devenus indépendants, auront recours également à la main-d’œuvre de leurs pays voisins pour asseoir leur propre modèle de développement et de croissance économique.

Le retournement de situation connu au milieu des années 70, consécutif aux deux chocs pétroliers et qui marque l’entrée dans une crise durable pour les économies du Nord et celles du Sud qui leur sont étroitement liées, se traduit très rapidement par une fermeture des frontières de ces pays, à tout le moins une limitation drastique de l’entrée des travailleurs migrants dans leur économie. D’autres, bénéficiaires de ce choc pétrolier et profitant de cette nouvelle donne, verront leur croissance économique s’accélérer nécessitant un recours accru à la main-d’œuvre étrangère ; la présence d’une main-d’œuvre philippine importante dans les pays du golfe persique témoigne, par exemple, de ces évolutions.

Un renversement des tendances économiques qui n’entraîne pas un reflux des migrations internationales

Bien évidemment, si l’histoire économique contemporaine est faite de cycles d’expansion et de période de récession pour nombre de pays, les migrations de main-d’œuvre sont peu affectées par ces périodes de retournement. Certes, de nouvelles opportunités et destinations vont s’ouvrir pour les travailleurs migrants nouvellement arrivés sur le marché international de la main-d’œuvre. Mais pour les immigrés installés de longue date hors de leur pays d’origine, le renversement des tendances économiques, notamment au Nord, ne se traduit pas par un reflux massif de leur part vers leur pays d’origine. La réalité économique des migrations internationales va alors se heurter aux réalités sociologiques et à l’évolution des pratiques et projets migratoires.

Mais aussi, mythe du retour profondément inscrit dans la conscience collective des sociétés d’accueil qui n’ont bien voulu voir dans l’installation de cette main d’œuvre étrangère sur leur territoire qu’un événement temporaire. Les médias, miroir des sociétés dans lesquelles ils se développent, mais aussi les leaders et relais d’opinion, inscrits également dans ces mêmes sociétés, relaieront d’autant plus aisément ce mythe que la période de crise s’est traduite par des tensions accrues sur les marchés du travail. La tentation est alors forte, pour les sociétés d’accueil, de croire en la réduction possible du nombre de personnes d’origine étrangère ; les politiques d’incitation au retour initiées en Allemagne ou en France depuis le milieu des années 70, et dont les échecs sont aujourd’hui patents, témoignent de la force de ce mythe. Cette mécanique implacablement reliée aux évolutions économiques se heurtera, elle aussi, aux réalités sociologiques des migrations internationales, non seulement dans les pays du Nord mais également dans les pays d’immigration au Sud.

L’éventail de la diversité culturelle des sociétés s’étend à la faveur de l’enracinement de nouvelles minorités

A la faveur de leur enracinement dans les pays d’accueil, les personnes issues de l’immigration ou nouvelles minorités, vont étendre l’éventail de la diversité culturelle de sociétés, connues pour être depuis longue date des sociétés d’immigration, telles que le Royaume-Uni, la France ou encore les Etats-Unis. D’autres, comme l’Italie, l’Espagne ou encore le Portugal, vont s’ouvrir à cette diversité en devenant des pays d’immigration, alors qu’auparavant, elles étaient pays d’émigration. Il en va de même pour certaines sociétés du Sud. La confrontation née de l’enracinement de ces minorités à de nouvelles pratiques culturelles, qui vont s’adapter et se façonner aux espaces dans lesquels elles s’épanouissent, propulse alors ces sociétés d’accueil dans un rapport à l’altérité, et dans l’irrationalité qui y est souvent rattachée.

Cette confrontation est plus ou moins violente, au gré des déstructurations et recompositions sociales en cours dans ces mêmes sociétés et concomitantes aux conséquences de la crise qu’elles traversent depuis le milieu des années 70. Discriminations, xénophobie et racisme sont l’expression visible, exacerbée et retenue par ces sociétés comme le résultat de cette confrontation. Or celle-ci produit d’autres effets moins visibles et plus en profondeur. Mixité, ouverture et enrichissement sont les principaux traits de cette évolution profonde des sociétés du Nord, née de cette rencontre avec l’altérité. L’introduction de nouvelles pratiques et habitudes culinaires, l’arrivée de nouveaux rythmes et sons, la diffusion étendue de nouvelles littératures témoignent, parmi d’autres éléments, de cette évolution.

Un modèle de développement économique qui se diffuse et touche en profondeur les structures sociales, politiques et culturelles des sociétés

Parallèlement, la diffusion des politiques économiques du Nord vers le Sud a pour conséquence de démultiplier et d’essaimer un même modèle global de développement. La mondialisation ou la globalisation des économies n’est que la traduction donnée aux résultats de cette démultiplication. Loin de porter sur les seules dimensions économiques, cette diffusion du modèle de développement euro-américain touche les dimensions politiques, sociales et aussi culturelles des sociétés du Sud.

L’extension du modèle démocratique, la volonté de promouvoir les droits sociaux des êtres humains (droits des femmes, conditions de travail respectant les valeurs de la déclaration universelle des droits de l’homme…) mais aussi l’offre croissante des moyens de communication (croissance du trafic aérien, extension de l’offre et de l’accès aux médias, notamment aux nouvelles technologies de l’information et de la communication) sont autant de modalités favorisant la diffusion et l’essaimage de ce modèle, marqué géographiquement, historiquement et surtout culturellement.

A l’instar des sociétés du Nord, les résistances, voire le rejet, observés dans certaines sociétés du Sud sont l’expression des résultats de la confrontation à ces nouvelles réalités, plus subies que voulues, des dynamiques sociales, parfois bloquées, à tout le moins atones. Le départ de groupes de populations est une des solutions apportées au blocage connu dans les relations sociales de certains pays du Sud. Mais elles sont aussi le résultat de l’expansion de ce modèle global de développement. " Nous sommes ici parce que vous êtes là-bas " résume bien l’impact de la diffusion de ce modèle . De la rencontre avec l’altérité dans les sociétés du Sud naissent des attitudes, des comportements et des pratiques sociales de rejet dont les expressions pourront être parfois violentes, à tout le moins porteuses de xénophobie, de repli et de discriminations.

L’altérité, une immense richesse et une force de créativité pour les sociétés du Sud et du Nord

Ainsi, pour les sociétés du Sud comme pour les sociétés du Nord, il serait temps de prendre en compte l’immense richesse et la force de créativité, nées de cette nouvelle situation, nées de l’altérité. Cette prise en compte est d’autant plus urgente et fondamentale qu’elle peut, d’une part, permettre d’opposer volontarisme à fatalisme, et, d’autre part, de générer de nouveaux modèles culturels mieux acceptés car refusant la dissolution des identités et des cultures au profit d’un modèle plus global et plus dominant, où diversité et pluralité risqueraient de disparaître.

Elle est aussi d’autant plus inéluctable que les migrations internationales, et donc l’arrivée de nouveaux groupes de populations, continuent leur expansion à la faveur de l’essaimage mondial du modèle de développement que les sociétés d’accueil du Nord ont elles-mêmes produit.

Loin de remettre en cause la primauté du modèle de développement euro-américain, la crise des années 70 a consacré son extension à l’ensemble de la planète, et ce à la faveur des politiques économiques mises en œuvre au Nord au début des années 80. Ces politiques sont relayées ensuite dans les réformes introduites consécutivement à la crise de la dette imposant un ajustement aux économies du Sud. A supposer que ces réformes produisent les effets attendus en termes de croissance économique, il s’ensuivra une expansion des migrations, internes puis externes, comme le montrent diverses analyses économiques et sociologiques, notamment réalisées en Asie du Sud-est et de l’Est.

Tout processus de développement économique se traduit à court et moyen terme par une expansion des migrations. La rencontre de l’altérité s’accentuera

Globalement, la communauté scientifique s’accorde, aujourd’hui, pour reconnaître que tout processus de développement, à tout le moins de croissance économique, se traduit à court et moyen termes par une expansion des migrations, et non par leur réduction ; et ce d’autant plus que les évolutions récentes ne laissent pas présager un rééquilibrage rapide dans la répartition des richesses entre Nord et Sud, en faveur de ce dernier.

De plus, la nouvelle période d’expansion dans laquelle sont entrés les pays du Nord, commence à se traduire par des tensions sur certains secteurs du marché du travail. Ces tensions, et les solutions qui leur sont apportées, introduisent de nouveau au Nord la question de l’ouverture des frontières à la main-d’œuvre des pays du Sud, mais en éludent d’autres, comme, par exemple, celle de la fuite des cerveaux du Sud vers le Nord.

En effet, si la réouverture des frontières du Nord se produit, elle visera, dans un premier temps, les groupes de populations qualifiées, contrairement aux groupes visés dans les années 50 et 60. Par exemple, l’Allemagne ou les USA font de plus en plus appel aux informaticiens du Sud pour répondre aux déficits immédiats de main-d’œuvre constatés dans ce secteur d’activité. Ce recours au capital humain du Sud au bénéfice du Nord ne pourra qu’accentuer l’écart entre Nord et Sud. Par ailleurs, à plus ou moins long terme, les déficits de population au Nord, notamment en Europe, dus à la réduction du taux de natalité et au vieillissement des populations, imposeront de rouvrir plus largement les frontières comme le montrent les dernières analyses démographiques de l’ONU.

Compte tenu des défis naissant à l’aube de cette nouvelle ère économique, l’ouverture à l’autre et surtout à la connaissance de l’autre, susceptible de générer de nouveaux modèles culturels, faits de respect de la diversité et de la pluralité, constitue un enjeu majeur de notre temps. C’est en effet cette ouverture qui conditionne la capacité de chaque société à se réapproprier et élargir la gamme de ses propres choix, tel que le concevait Julius Nyerere, premier président de la Tanzanie, dans sa propre vision du développement.

En résumé, les migrations internationales révèlent aux sociétés, du Nord comme du Sud, d’immigration comme d’émigration, leurs propres contradictions et paradoxes. En effet, alors que les mondes s’ouvrent de plus en plus, paradoxalement, les sociétés s’arc-boutent même si quotidiennement elles se confrontent à l’altérité. Par exemple, 80 millions de touristes étrangers visitent chaque année la France et l’économie mondiale du tourisme explose. Ces deux exemples montrent bien les frottements qui s’opèrent entre les sociétés et les espaces culturels. Or, au lieu de produire ouverture et meilleure compréhension du monde et des sociétés qui le composent, la tendance dominante est au repli et à la fermeture par peur et par méconnaissance de ce qui est autre, par une attitude de méfiance, de défi et d’irrationalité à l’égard de l’altérité.

Les débats sur les relations Nord / Sud, le développement mais aussi l’altérité, qui sont au cœur des différentes dimensions et implications des migrations internationales, doivent s’enrichir, se multiplier et autoriser un pluralisme de points de vue et de messages, une pluralité de situations et d’opinions ; d’où l’enjeu majeur de produire et de diffuser, de manière élargie, une information approfondie et renouvelée sur ces questions. Autrement dit, à l’ouverture actuelle des mondes doit correspondre une ouverture des opinions publiques, seule susceptible de modifier les effets et les conséquences des paradoxes et contradictions de nos sociétés contemporaines.

Des femmes et des hommes enrichissent quotidiennement les sociétés qu’ils quittent, traversent ou élisent comme terre d’accueil et d’enracinement

Cette approche globale ne doit pas occulter les dimensions humaines des migrations internationales. Elle ne doit pas faire oublier que derrière ces questions, ces phénomènes, il y a des femmes et des hommes qui, d’une part, subissent les conséquences de ces contradictions mais qui, d’autre part, enrichissent quotidiennement les sociétés qu’ils quittent, traversent ou bien élisent comme terre d’accueil, d’installation ou d’enracinement.

La fermeture des frontières, notamment au Nord, et le repli sur soi, que connaissent de nombreuses sociétés du Nord comme du Sud, ont un impact, direct ou indirect, sur les personnes issues de l’immigration. Les textes législatifs régissant le droit en matière d’entrée et de séjour des étrangers ont été modifiés récemment et de manière répétée par de nombreux Etats en Europe (Royaume-Uni, France, Italie…) et aux USA, mais aussi en Afrique (Côte-d’Ivoire, Afrique du Sud…), Asie ou Amérique latine. Ces modifications législatives successives, si elles ont pour objectif d’adapter le droit à de nouvelles situations, ont aussi pour conséquence de mettre en situation d’instabilité les personnes issues de l’immigration, installées de longue date dans ces sociétés.

Par exemple, les réformes successives du code de la nationalité en France au cours des 10 dernières années ont limité et contrôlé l’accès à la nationalité, créant, de facto, des situations ubuesques au sein d’un même groupe familial et remettant en cause les dynamiques d’intégration de certains groupes de population. Au moment où les lois françaises étaient les plus restrictives, nombre d’enfants nés de parents immigrés ont exprimé un ressentiment légitime à l’égard de la société française, s’interrogeant sur la place que celle-ci souhaitait leur accorder. Le débat britannique actuel sur la réforme des lois sur l’immigration produit les mêmes effets de suspicion et de méfiance au sein des communautés immigrées au Royaume-Uni. En Côte-d’Ivoire, les débats successifs sur le code de la nationalité et sur le code électoral ont eu pour effet d’exclure les diverses communautés étrangères de la vie politique du pays, revenant sur plus de 40 années de stabilité politique, d’intégration et de cohabitation plutôt harmonieuses.

Ces réformes et débats successifs ont aussi engendré un repli sur soi des groupes de populations issues de l’immigration. L’impact de ces réformes sur l’attitude et les comportements des personnes issues de l’immigration est aussi une dimension à intégrer dans les débats sur les questions de migrations internationales. Au sein d’une même société, des groupes sociaux et culturels peuvent alors se retrouver isolés les uns des autres, s’ignorer. Des facteurs de tensions réels ou irrationnels peuvent alors naître et générer des situations de malentendus, voire de conflits, dont une des expressions peut prendre la forme d’une explosion sociale comme certaines sociétés du Nord ou du Sud en ont connu récemment.

Les populations issues de l’immigration, tout en s’enracinant dans leur société d’accueil, conservent des liens avec leur société d’origine

Tout en s’enracinant dans les sociétés d’accueil, les populations issues de l’immigration au Nord comme au Sud continuent de conserver des liens avec leur société d’origine. Les formes et les contenus de ces liens sont multiples et révèlent combien les personnes issues de l’immigration sont au cœur des relations entre les sociétés humaines qui structurent le monde actuel.

Une des premières expressions de ces liens se retrouve dans les transferts matériels opérés en direction des pays d’origine. Par exemple, les transferts de l’épargne migratoire représentent au Maroc une ressource annuelle de 5 milliards de $, ce qui équivaut aux recettes totales d’exportations de biens et de services, à environ 6 fois le déficit de la balance commerciale ou encore à plus du double de l’aide publique au développement reçue annuellement par ce pays. Au Mexique, ces mêmes transferts annuels sont estimés à environ 4 milliards de $, soit un quinzième des recettes totales d’exportations de biens et de service, 15% du déficit commercial ou encore 10 fois l’aide publique au développement reçue. Dernier exemple, en Inde, ces revenus migratoires transférés sont évalués à environ de 5 milliards de $ par an, soit un cinquième des recettes d’exportations de biens et de services, le double du déficit commercial et 3 fois l’aide publique au développement reçue.

Ces quelques chiffres témoignent à eux seuls de la force et de la vitalité des liens entretenus et induits par les personnes issues de l’immigration entre pays d’origine et pays d’accueil. Même si au sein de la communauté scientifique, des débats ont lieu sur la fiabilité des estimations produites et sur l’impact économique de ces transferts, il est indéniable que ces transferts sont le témoin de la place importante qu’occupent les personnes issues de l’immigration dans les dynamiques et processus de développement.

Ces liens et ces transferts bénéficient tant au développement humain des sociétés d’origine qu’à celui des sociétés d’accueil

Ces transferts matériels ne sont que la face visible des relations, des liens et transferts complexes, et bien souvent immatériels, qui s’opèrent entre sociétés d’accueil et sociétés d’origine. Loin d’être unilatéraux, ces liens et ces transferts sont initiés au bénéfice de l’ensemble des sociétés qu’ils impliquent. De même que ces personnes contribuent par leur venue aux dynamiques sociales, économiques et culturelles de leur pays de résidence, et donc à son développement global, les transferts qu’ils initient ou bien qu’ils induisent en direction des sociétés d’origine contribuent également au dynamisme et au développement de ces pays.

L’exemple des organisations de solidarité internationale issues de l’immigration (OSIIM) et des projets dont elles sont porteuses, témoigne de cette implication dans les dynamiques de développement tant au Sud qu’au Nord. En soutenant et initiant des projets de développement, ces organisations contribuent à mobiliser et sensibiliser les membres de leur communauté, et notamment les enfants nés de parents immigrés, en faveur du pays d’origine et offrent ainsi d’autres moyens de reconnaissance et d’exercice de la citoyenneté à ces mêmes personnes au sein de leur pays d’accueil.

L’implication des personnes issues de l’immigration dans le développement des sociétés d’accueil et d’origine est trop largement ignorée

L’implication des personnes issues de l’immigration dans le développement des sociétés d’accueil et d’origine est bien souvent ignorée des leaders et relais d’opinion, que ceux-ci soient représentants des pouvoirs publics, membres des organisations de solidarité ou encore professionnels des médias.

Or, cette ignorance résulte d’une méconnaissance mais aussi d’un déficit de connaissance et d’informations sur les pratiques initiées par les personnes issues de l’immigration. Il découle de cette ignorance une incapacité, pour les sociétés d’accueil mais aussi d’origine, de tirer parti des valeurs ajoutées introduites par les personnes issues de l’immigration, que cela soit dans le champ de la coopération et de l’éducation au développement ou encore de l’intégration et de la citoyenneté.

Tout à la fois cause et reflet de cette méconnaissance, les messages diffusés par les médias passent sous silence les avantages potentiels d’une implication plus grande et volontariste des populations issues de l’immigration dans ces différents champs d’activités au Nord comme au Sud. Non contents d’entretenir ce manque à gagner, ils répandent une image tronquée et dévalorisante à la fois des personnes issues de l’immigration et de leur pays d’origine, contribuant à troubler encore plus les opinions publiques dans leur compréhension des questions qui y ont trait.

L’acceptation de l’altérité doit aussi passer par la compréhension des avantages, des bénéfices et des intérêts que chaque groupe social et culturel peut tirer des relations ainsi nouées. Tant que chaque groupe continuera de percevoir l’autre comme un élément de déstabilisation, et non comme un acteur complémentaire de ses propres dynamiques ; alors les blocages, les incompréhensions et les malentendus eux aussi continueront de se développer.

PROMOUVOIR LES VALEURS AJOUTEES INTRODUITES PAR LES PERSONNES ISSUES DE L’IMMIGRATION DANS LE DEVELOPPEMENT DES SOCIETES DU SUD ET DU NORD

C’est pourquoi le programme Migration, développement et Intégration Pluri-culturels de l’Institut Panos Paris se propose de promouvoir les valeurs ajoutées introduites par les personnes issues de l’immigration du Sud dans le développement des sociétés du Nord et du Sud.

Cette promotion passe par un soutien à la production de recherches scientifiques et par le renforcement des compétences des personnes issues de l’immigration en tant qu’acteurs de développement et d’intégration pluri-culturels. Elle vise la diffusion de messages et d’informations spécialisées, en direction de publics ciblés (leaders et relais d’opinion), et médiatiques, en direction des opinions publiques des sociétés d’accueil et d’origine.

A travers les quatre objectifs de son programme, l’Institut Panos Paris entend générer des débats publics au sein de ces différentes sociétés. Par ces débats, il escompte modifier le rapport à l’altérité dans le sens d’une plus grande acceptation et compréhension de l’autre, favoriser la reconnaissance des personnes issues de l’immigration dans leur rôle d’acteur social (rôle qu’elles n’ont jamais cessé d’assumer tant dans les sociétés d’accueil que dans les sociétés d’origine) et offrir aux sociétés d’autres possibilités de choix que ceux souvent exprimés dans le repli et la fermeture.

 

 

 


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